Le marché est bien là, mais il y a encore des ratés dans le moteur. D’un côté, TOSHIBA abandonne son système domotique Pluzzy, de l’autre, le Chinois LifeSmart, spécialisé dans les objets connectés, vient de lever 9,4 millions de dollars pour développer le marché de la maison connectée. Rien de très innovant dans son offre qui rappelle étrangement celle du Français MyFox. Sauf que l’effet rouleau compresseur risque d’être différent. Dévoilé à la fin du mois d’août, le Google On-
Hub est un routeur WiFi communiquant également en Bluetooth et avec le langage Weave. Son rôle : contrôler tous les objets connectés de la maison. Il a été créé avec le Chinois TPLink, constructeur de produits réseau SOHO (Small Office/Home Office). Ce serveur se présente sous la forme d’un cylindre bleu, capable d’assurer un débit de l’ordre de 1900 Mbps. Il utilise un système d’exploitation spécifique pour les objets connectés, l’IoT Brillo. À Mountain View, siège de Google, l’écosystème est finalisé. Il va se développer massivement, après la première phase de test qui vient de commencer avec Amazon (200 $). À nouveau, Google fait fort et dépasse avec ses fonctionnalités la majorité des routeurs du marché (information sur le nombre d’objets connectés en WiFi, le débit de chacun d’eux et quelques fonctionnalités inédites comme « You can stream Ultra HD video at this speed. »). À l’écoute des utilisateurs, multipliant les tests et benchmark, Google veut séduire ses clients avec des applications et services pratiques, fonctionnels et fiables. Il cherche à répondre efficacement à des besoins clairement identifiés. Dans son livre Stop Google (à paraître début octobre), Franck Cazenave, directeur marketing et business développement chez l’équipementier allemand Bosch, revient sur les objectifs de Google dans ce secteur. Pour lui, l’offensive dans l’automobile n’est qu’une composante d’une stratégie globale visant à s’imposer dans la vie de ses utilisateurs, aux côtés d’Android sur les supports mobiles et de Nest dans la maison connectée. Il faut comprendre la stratégie globale de Google afin de pouvoir anticiper. Que se passe-t-il dans le secteur automobile ? Grâce à son avance dans la cartographie, les prototypes de voitures autonomes de Google avaient déjà parcouru fin 2013 plus d’un million de kilomètres, une expérience essentielle pour collecter des données et perfectionner ces modèles qui devraient apparaître sur le marché avant 2020. Si Renault a peur de devenir un « simple fournisseur de carrosserie », pour Google, tel ou tel constructeur d’appareillage électrique pourrait lui aussi ne devenir qu’un fournisseur de boîtier. Pourquoi les acteurs de la maison connectée ne proposentils pas par exemple un service de maintenance prédictive, à l’instar de Tesla, avec son détecteur de problèmes techniques ? On avait déjà lancé l’idée en 1990, avec Roger Cadiergues, lors d’une conférence APMF dans les locaux de Cegibat. L’auteur de Stop Google propose de s’inspirer du smartphone, pour que l’automobile (re)fasse rêver. Et pourquoi ne pas appliquer ce voeu à l’habitat ? « Avec des formes épurées, un accès rapide à des fonctionnalités simples d’utilisation et un haut degré de personnalisation, le smartphone s’impose de plus en plus comme une référence pour les designers du monde automobile. On retrouve ainsi des codes de la “sobriété luxueuse” de l’iPhone d’Apple dans de nombreux modèles », écrit Frank Cazenave. Ne pourrait-il pas en être de même pour les équipements de nos logements ?
Bruno de Latour